Appel à signatures pour une déclaration d’appui à Pablo Solón, Rafael Archondo et contre les mégaprojets hydroélectriques de El Bala et Chepete

Les signataires de la présente déclaration avons été grandement inspirés par les mouvements sociaux boliviens qui nous ont montré qu’un autre monde est possible. De la guerre de l’eau de Cochabamba à l’adoption d’une nouvelle constitution de l’État plurinational en 2009, la Bolivie a montré qu’il est possible de proposer des alternatives et de remettre en question le post-colonialisme, le néolibéralisme, le pouvoir des transnationales et l’impérialisme états-unien.

L’élection du premier président autochtone bolivien, Evo Morales, et du gouvernement du MAS a suscité un grand espoir, non seulement parce que le gouvernement se proposait de progresser dans la construction de la justice sociale au pays, mais également pour sa proposition d’une nouvelle vision internationale pour une société juste dans une relation harmonieuse avec la nature, fondée sur le concept autochtone du « bien-vivre » (Vivir Bien). La Bolivie a ainsi été reconnue sur la scène internationale pour sa défense des droits de la Terre-Mère, pour sa voix prophétique dans les sommets climatiques de l’ONU, et en particulier pour avoir été l’hôte de la rencontre historique de la Conférence mondiale des peuples sur les changements climatiques et les droits de la Terre-Mère en 2010 à Cochabamba.

C’est ainsi avec beaucoup de déception que nous apprenons que l’un des principaux organisateurs de ce sommet climatique historique à Cochabamba, Pablo Solón, fait l’objet avec Rafael Archondo d’un procès intenté par le gouvernement bolivien, lequel les menace d’accusations criminelles et de possibles sentences allant jusqu’à quatre ans de prison. Les accusations présentées, selon lesquelles Solon aurait il y a six ans nominé Archondo « de façon illégale » et qu’Archondo aurait « prolongé ses fonctions » au sein de la Mission permanente de la Bolivie aux Nations Unies, ne peuvent être vues que comme des tentatives de faire taire Solón pour ses critiques publiques du gouvernement et de la construction de deux projets de méga-barrages hydroélectriques, El Bala et Chepete, dans la région amazonienne.

Ces mégaprojets hydroélectriques, s’ils en arrivent à être construits, seraient tout à fait opposés aux postulats du « Vivir Bien ». Selon les études commandées par le gouvernement même et réalisées par la firme italienne Geodata, ces projets inonderaient une zone cinq fois plus grande que la ville de La Paz, entraîneraient le déplacement de plus de 5 000 autochtones ainsi que la déforestation de plus de 100 000 hectares de forêts. De plus, considérant les prix actuels de l’électricité au Brésil, ces projets ne seraient pas rentables au niveau économique.

Nous aimerions par ailleurs souligner que les accusations visant Solón et Archondo ne constituent pas des cas isolés, mais s’inscrivent plutôt dans une série d’actions judiciaires et de menaces contre des individus et des organisations ayant une trajectoire reconnue de lutte pour la justice sociale et environnementale en Bolivie. Cette tentative de faire taire la dissidence va à l’encontre des principes de la nouvelle Constitution bolivienne et porte atteinte au processus de transformation sociale en Bolivie. La démocratie participative n’est possible qu’à travers un débat robuste et rigoureux, et la justice environnementale ne pourra devenir réalité que si les communautés habitant les territoires où l’on pratique l’extractivisme sont soutenues et renforcées au lieu d’être tues et criminalisées.

Dans ce contexte, nous exigeons l’abandon des fausses accusations contre Pablo Solon et Rafael Archondo ainsi que l’arrêt des projets destructeurs des barrages de El Bala et El Chepete. La Bolivie n’aura aucune crédibilité en ce qui concerne les changements climatiques et les droits de la Terre-Mère si elle continue de faire la promotion d’investissements dans des méga-barrages et de criminaliser les défenseurs de l’environnement. Nous exhortons le gouvernement bolivien à démontrer que son discours international fondé sur le « vivir bien » et la défense de la Terre-Mère n’est pas qu’une rhétorique creuse, et qu’il se traduit effectivement dans la pratique dans ses politiques nationales.